Le mirage militaire du Lion !
Au milieu des années 80, Peugeot est à deux doigts de signer son plus gros contrat avec l'armée de Terre. Retour sur le périple de la X200, un trail 2T ultra-performant qui a bien failli équiper les régiments français avant de se se perdre dans les tiroirs du ministère de la Défense.
La genèse :
En 1985 l'ambiance est à la joie dans les casernes françaises : la vénérable mais poussive Peugeot SX8 AR, avec ses airs de cyclo survitaminé, a fait son temps.
En effet, héritée du SX5, la SX8 (80 cm³) ressemble plus à une pétoire de kéké qu'à une bécane de guerre : minuscule, peu puissante, inadaptée au tout-terrain, cette grosse mobylette désuète ne fait pas rêver.
L’état-major siffle donc la fin de la récré ! Le cahier des charges : un trail moderne, maniable et apte à véhiculer les éclaireurs et agents de liaison sur tous les terrains. De plus, pour le ministère de la Défense, le mot d'ordre est sans appel : il faut du Made In France !
À Valentigney, l'aubaine est inespérée pour Peugeot Motocycles. Les ingénieurs tiennent déjà une base solide dans leur catalogue civil : la X125LC, une moto performante et moderne à refroidissement liquide.
Pour plaire aux militaires, le bureau d'études pousse les curseurs : il réalèse le bloc monocylindre 2T à 183,4 cm³, renforcent le cadre, greffent des suspensions à grand débattement et peignent le tout en vert kaki. La Peugeot X200 (aussi appelée "X Armée") est née !
La reine de Versailles (Satory) :
Sur le papier, le trail est déjà une petite bombe. Développant près de 20 CV pour un poids plume, la X200 surclasse ses concurrentes directes lors des campagnes d'essais initiées par l'Armée entre 1983 et 1986 : face aux propositions de MBK ou de Barigo, la Peugeot s'avère la plus homogène, la plus endurante et la plus nerveuse.
En 1986, c'est la consécration : lors de l'exposition de matériels militaires de Satory, Peugeot expose fièrement une poignée de modèles tout juste sortis du moule.
Le constructeur remporte l'appel d'offres avec, à la clé, un contrat colossal portant sur 5.000 exemplaires validé par l'état-major ! Dans les usines, on s'apprête à lancer les lignes de production et Peugeot se prépare à redevenir le fournisseur officiel des armées.
Le coup de théâtre 4-temps :
Mais voilà, le champagne à été sabré trop vite car la belle histoire va brutalement dérailler. Tandis que les premières commandes doivent être signées, un vent de panique souffle sur le budget de la Défense : les crédits sont resserrés et l'Armée commence à revoir ses exigences logistiques.
Au-delà de l'aspect financier, un argument technique majeur scelle le destin de la X200 : le carburant. La Peugeot est dotée d'un moteur 2T, certes vif et léger mais nécessitant un mélange essence/huile : or, ravitailler en OPEX des colonnes de motos en "mélange" est un réel défi logistique. En prime, l'OTAN poussant à la standardisation des troupes, l'Armée française exige soudainement du 4T, capable de tourner au carburant standard des armées.
La sanction tombe : la commande des 5.000 X200 est tout simplement annulée ! Pour remplir ses rangs dans l'urgence, l'Armée française ne laisse pas le temps à Peugeot de s'organiser et se laisse séduire par (oh sacrilège !) Gagiva : le constructeur décrochera le pompon avec son "350 T4", un trail 4-temps, qui s'illustrera plus tard lors de la première guerre du Golfe.
Le crépuscule de Valentigney :
Pour Peugeot, le coup est fatal : l'annulation de ce contrat colossal sonne le glas des ambitions de la marque dans le secteur des motos de moyenne cylindrée. Les chaînes de montage ne verront jamais passer la X200 de série et la marque au Lion abandonnera le marché moto pour se retrancher définitivement sur les cyclos et scooters.
Aujourd'hui, la Peugeot X200 reste uune légende, une moto fantôme : les rares prototypes construits pour les tests de Satory ont survécu dans le secret de quelques hangars ou chez les collectionneurs. Ils restent le témoignage fascinant d'une époque où l'industrie française du deux-roues croyait encore en sa bonne étoile militaire.
Crédits : presse publicitaire