Une libellule crépusculaire
Produite entre 1955 et 1957, la Douglas "Dragonfly" occupe une place spéciale dans l’histoire motocycliste britannique : elle représente le dernier modèle commercialisé par la société Douglas (Bristol) avant la disparition de son segment moto. À la fois élégante et technologiquement originale, la Dragonfly symbolise les efforts ultimes du constructeur pour tenter de survivre dans un marché devenu très concurrentiel.
Un constructeur historique prestigieux en difficulté :
Fondée au début du XXe siècle, Douglas s’est forgé une solide réputation dans le secteur moto en développant un moteur bicylindre à plat. La marque rencontre d'ailleurs plusieurs succès sportifs et est reconnue pour son savoir-faire technique.
Toutefois, après la Seconde Guerre mondiale, l’entreprise doit faire face à de sérieuses difficultés financières : malgré une volonté de moderniser sa gamme, Douglas peinera à rivaliser sérieusement avec de grands constructeurs britanniques tels que Norton, Triumph ou BSA.
Malgré tout, au début des années 50, les ateliers Douglas entament un dernier baroud d'honneur pour tenter de trouver un second souffle : un modèle de moto entièrement nouveau. Ce projet, d’abord connu sous le nom de "Dart", devient la Douglas Dragonfly.
Une conception moderne et audacieuse :
Dévoilée en 1954, lors du Salon d’Earls Court, la Dragonfly impressionne par son style futuriste et une partie-cycle innovante.
Côté cycle, Douglas charge la Reynolds Tube Company de développer un nouveau cadre tubulaire à double berceau : assisté par une suspension arrière oscillante (dotée de deux amortisseurs Girling) et par une fourche avant de type Earles, cette architecture représente, à l'époque une solution particulièrement avancée.
Côté motorisation, l'architecture historique de la marque est conservée : moteur 4T bicylindre à plat transversal de 348 cm³. Largement revisité, il est capable de fournir 17 CV à 5 500 tr/min pour une vitesse de pointe proche des 110 km/h.
Quant à la transmission, celle-ci est assurée par une boîte à 4 rapports avec transmission finale par chaîne.
La Dragonfly se distingue également par un carénage de phare intégré, un réservoir généreux aux formes arrondies et une ligne élégante moins classique que les motos britanniques de l’époque.
Une moto confortable mais mal aimée :
Sur route, la Dragonfly offre un comportement fiable et stable ainsi qu'un excellent confort de conduite. Les observateurs de l'époque soulignent la souplesse de son moteur bicylindre à plat ainsi que la qualité de ses suspensions.
Malgré des qualités indéniables, la machine pâtit toutefois de plusieurs handicaps qui vont limiter son attractivité :
- Un poids relativement important,
- Des performances globales modestes par rapport à la concurrence,
- Un prix de vente élevé.
À cela s’ajoute parfois une réputation de fiabilité aléatoire issue des modèles Douglas plus anciens. Enfin, les aléas et les retards de production vont aggraver une situation commerciale déjà fragile.
La fin de l’épopée Douglas :
Avec une distribution inférieure à 1500 modèles entre 1955 et 1957, l'ultime moto Douglas n'attire finalement pas les foules.
En rachetant la firme dès 1956, la "Westinghouse Brake & Signal Company" donne le coup de grâce à Douglas en abandonnant sa division moto. La production de la Dragonfly s'achève en 1957, actant ainsi la disparition définitive d’une des plus anciennes marques de motos britanniques.
Bien avant BMW, le nom de Douglas est lié à la technologie "Flat Twin" : la marque exploita presque exclusivement ce type de motorisation de sa fondation,en 1907, à sa disparition 50 ans plus tard.
Par un souci constant d'innovation technique, Douglas représente certainement l'une des marques les plus emblématiques de l'univers moto : à ce titre, elle aurait mérité un sort plus glorieux mais l'Histoire en a décidé autrement.